Nasty Savage et Tyrant : les titans du metal guerrier
Acier Hurlant Chronique

Nasty Savage et Tyrant : les titans du metal guerrier

Je t'emmène au cœur du metal guerrier avec Nasty Savage et Tyrant. Épopées héroïques, voix habitées et quête d'authenticité, pousse le volume et viens découvrir pourquoi ces trésors du passé font encore vibrer la chair.

Le metal fascine tel un précieux artefact perdu sous les ruines d'une citadelle. Bien plus qu'un genre musical ou qu'un plaisir nostalgique, c'est un univers viscéral. Une épopée guerrière qui ne connaît pas de fin, tant on ne cesse d'y rencontrer des sonorités qui frappent cœur et esprit. La guitare électrique illumine par sa puissance fulgurante sous un rythme battant.

Chaque album délivre une décharge émotionnelle incontrôlable. Les frissons s'agitent sur ton crâne jusqu'à envahir tout ton corps. En pleine vibration, parfois, les larmes tombent. Nulle honte à avoir, car elles te murmurent : « tu es en vie ». On comprend qu'au-delà de cette lourde carcasse, quelque chose d'unique brûle : une âme prête à s'exprimer intensément.

C'est exactement le genre de sensations que je vis en écoutant Nasty Savage. Un style unique, à la fois brutal, sauvage et sombre. Comme si chaque morceau avait été écrit pour moi. Non pas pour ma personnalité, ni pour me séduire, mais pour m'illuminer. Ils parlent à ce que j'ai de plus profond, comme un canal ouvert, attentif, à l'écoute. La connexion est immédiate.

Guerrier éternel

Ce premier album, je le connais par cœur et pourtant, c'est systématiquement un bouleversement mental qui te pousse à aller toujours plus loin. Mais une vérité est d'une cruauté totale : les albums qui suivent s'écartent définitivement de la voie. Déception et amertume s'embrasent avec consternation.

Le lien est rompu : on ne retrouve plus ce côté guerrier et héroïque, ni toute la profondeur du chant. Je parle de la voix de Nasty Ronnie. Celle qui était tantôt chaleureuse avec une fluidité hors pair, tantôt sombre et violente jusqu'à l'arrivée foudroyante de cris aigus. À chaque écoute, le cerveau se laisse guider sans forcer, tu ne réfléchis plus, tu es dans l'action brute.

Le groupe Nasty Savage

L'album Indulgence et l'EP Abstract Reality dévoilent un Nasty bridé. Un peu comme s'il était venu le temps de s'effacer pour séduire un public d'une autre génération. Après tout, les deux disques sortent presque dix ans plus tard. Une fracture temporelle pour le groupe qui s'est tailladé les veines pour continuer d'exister sur une scène intolérante.

On retrouve encore une petite étincelle, mais la magie n'opère plus. Elle sonne comme une tragédie de mauvais goût. Le riff s’étouffe dans une noirceur abyssale. Il n'apporte plus cette énergie épique et démentielle qui t'amène à l'état second. C'est le reflet de tout ce que je déteste dans le metal moderne : froid et caricatural.

Force perdue

Non vraiment, il n'y a pas grand-chose à en tirer. Aucune étincelle n'en ressort. Quand on connaît la véritable voix de Nasty Ronnie, douce et incarnée, la vérité explose en pleine figure : c'est forcé. Même l'utilisation des aigus ne lui fait guère honneur, cela en devient dramatiquement lourd.

La force de Nasty Savage était justement la richesse de cette voix guidée par un riff destructeur. Cela donne droit à des changements de tempo, de style, dans un même morceau. Parfois du death, du speed et du heavy dans un élan guerrier maîtrisé à la perfection.

Rien que d'écouter l'introduction de « Psychopath » me donne un sourire diabolique. L'album est porté par une vision érigée en une mise en scène immersive. L'ouverture « No Sympathy » est magistrale et te plonge dans une ambiance démoniaque : attention, ça va faire mal, prépare-toi.

Tu restes sur ta faim ? Laisse venir « Gladiator », il va te retourner la tête avec ses changements de tempo qui t'imposent le rythme sous un riff en feu. « Fear Beyond Vision » ? C'est sans conteste le pilier et la démonstration concrète de tout le talent de Nasty Ronnie. Les morceaux qui suivent sont tous d'une réalisation majestueuse, mais « The Morgue » marque par son introduction envoûtante faisant penser à du death metal bien sombre. C'est somptueux.

Ascension divine

Dans le désespoir, j'ai pris soin d'écouter tous les autres albums de Nasty Savage jusqu'à Jeopardy Room et je n'ai rien trouvé pour me nourrir. Il y a toutefois Wave of Mayhem qui tente de renouer avec les racines. C'est bien, mais cela ne fonctionne pas à cause d'une réalisation encore trop moderne et sombre.

Par le pur hasard, je suis tombé sur Legions of the Dead de Tyrant. La couverture de l'album n'avait absolument rien d'attirant, kitsch à souhait, mais le titre m'avait captivé. En écoutant attentivement les premières pistes, j'ai cru reconnaître la voix de Nasty Ronnie. Aurait-il prêté sa voix au groupe ? Après quelques recherches, la réponse fut sans appel : non.

Album Legion of the Dead de Tyrant

Il s'agit de Glen May, qui partage étonnamment de fortes similitudes avec Nasty Ronnie. On entend cette même voix incarnée, sauvage, modulée sur différentes tonalités, mais avec une dimension religieuse. Ici, on ne joue pas avec le tempo. On est sur du power metal classique, mais tellement beau, intense, habité, qu'il te téléporte instantanément au paradis. La guitare accompagne ton imaginaire et Glen May produit l'image, jusqu'à y voir la lumière divine. C'est chevaleresque, puissant, hypnotique, au point de ne plus vouloir en sortir.

Du début à la fin, Legions of the Dead est magistral. Le plus merveilleux, c'est que je n'en attendais pas grand-chose. Il mérite une écoute attentive, car c'est une œuvre complexe qu'il faut apprendre à comprendre, à ressentir. Laisse-le tourner, assimile-le.

Trésor retrouvé

Avec Nasty Savage, j'étais déjà comblé. Mais avec Legions of the Dead, on change de registre : on abandonne le son expérimental pour une envolée au cœur des ténèbres — armure clinquante, muscles d’acier, aura guerrière qui t'enveloppe. N'approche pas. Je suis dangereux.

Chaque morceau transpire le travail acharné. Tyrant y a mis toute son âme. Honneur au groupe. Sacrifice, tu es un joyau. Il fait écho à ceux qui connaissent le sens véritable de ce mot, à la lourdeur et à la responsabilité qu'il évoque. Chante avec moi : SACRIFICE !!!

Cover

Sacrifice

Tyrant - Legions of the Dead

C'est une explosion stellaire et, avec Nasty Savage, on atteint le summum du metal guerrier, toutes époques confondues. Je n'ai rien écouté d'aussi parfait, intense, authentique, sans sacrifier l'originalité. Je regrette sincèrement la direction qu'a prise Nasty Savage au fil des années. C'est un non-sens qu'il m'est difficile d'accepter, même si je comprends les défis que représente la pression des maisons d'édition.

Le groupe Tyrant

Tyrant a été moins prolifique, mais chaque album est explosif, démentiel. Une question s'impose : pourquoi le groupe n'est-il pas reconnu parmi les meilleurs, voire le meilleur ? Pourquoi reste-t-il aussi impopulaire, si ce n'est auprès de connaisseurs férus de metal ? Je n'ai aucune réponse à apporter, si ce n'est que ce metal n'est pas fait pour tout le monde. Il faut une âme accordée, capable de comprendre chaque œuvre et de l'apprécier à sa juste mesure.

Ce sont des trésors d'une richesse infinie qu'il faut préserver de l'oubli. Voilà pourquoi j'écris ces mots. Nasty Savage et Tyrant méritent une reconnaissance absolue — pas de tous, mais de ceux qui savent écouter et observer.