Heavy Load : Stronger than Evil
En Suède, au début des années 80, la scène heavy metal, encore jeune, se durcit et se diversifie énormément. Stronger than Evil s'inscrit dans cette effervescence, avec son goût prononcé pour l'épique médiéval et une certaine authenticité qui deviendra l'une des signatures du heavy metal scandinave.
Il y a des disques qui s'imposent à toi. Une attraction invisible, comme deux fragments qui s'assemblent enfin pour reconstituer un vieil artefact.
C'est exactement ce qui s'est passé quand je suis tombé sur Stronger than Evil, le troisième album des Suédois de Heavy Load, sorti en 1983.
Avant même d'écouter le disque, j'étais déjà séduit. Sur la pochette : un barbare l'épée maculée de sang, des ennemis agonisant à ses pieds et, au loin, un village dévoré par les flammes.
Un titre comme « Stronger than Evil » ne me laissait aucune hésitation : cet album était fait pour moi. Dès le premier morceau, la magie opère et m'emporte loin, dans un univers où la lumière transperce les ténèbres.
Ce n'est pas une déferlante thrash ou speed taillée pour le chaos. Heavy Load livre ici un heavy metal plus traditionnel, noble et mélodique. Une musique puissante, mais respirable. Parfaite pour une immersion totale et pour apaiser le cœur après une rude bataille.
Sur chaque morceau, je me laisse envoûter par la douce voix du chanteur Styrbjörn Wahlquist. Ce contraste entre puissance guerrière et douceur est un mélange d'une beauté rare. Les yeux ouverts, les larmes coulent. Les yeux fermés, c'est le bien-être qui s'empare de toi et te plonge dans un profond sommeil.
La musique te comprend. Elle sait exactement comment te parler. J'apprécie particulièrement le second morceau, intitulé « The King ». À chaque écoute, c'est une puissante envolée portée par cette voix si intense et ces riffs battants.
Derrière son énergie épique, le titre raconte l'ascension et la chute d'un souverain aveuglé par le pouvoir. C'est l'histoire d'un roi qui apparaît d'abord comme le protecteur tant attendu, avant de se révéler être un tyran de plus, menant son propre royaume à la perte.
L'album poursuit sa démonstration avec le titre éponyme, « Stronger than Evil ». La piste s'ouvre sur une atmosphère sombre et un riff lourd, pesant, avant de replonger subtilement dans un élan épique et majestueux.
Alors que The King mettait en garde contre les tyrans qui déclenchent les guerres, Stronger than Evil montre le point de vue de la victime qui n'a plus d'autre choix que de devenir elle-même un guerrier pour défendre ce qui reste.
C'est l'histoire de la fin de l'innocence : pour être « plus fort que le Mal », il faut accepter de renoncer à la pureté et prendre le fer.
Sur le morceau « Free », rehaussé par la présence légendaire de Phil Lynott, le groupe livre un véritable hymne à la liberté et à la résilience. Loin du désespoir, le texte rappelle que la douleur n'est que temporaire et que nous gardons le contrôle de notre destin.
La composition musicale ressemble beaucoup à celle de Deliver Us (1983) du groupe Warlord. Le rythme est volontairement ralenti pour apporter un côté épique et laisser chaque instrument s'exprimer aux côtés d'une voix envoûtante. La guitare ne sature jamais et, durant les solos, elle s'exprime telle une épée qui transperce le métal.
Cela tranche nettement avec le style des deux précédents albums qui sonnent un peu plus rugueux. Ce changement correspond mieux au groupe et apporte un meilleur équilibre sur tout le disque.
Non. Je ne me suis point trompé. Cet album est majestueux et délivre un message d'une grande profondeur morceau après morceau. « Roar of the North » clôt le voyage de façon grandiose.
Tu pourrais lui reprocher son manque de technicité, mais ce n'est pas ce qu'il cherche à t'offrir. Il frappe ailleurs.