Jelly Max : un candidat pour la liberté mentale
Je voulais m’en libérer. Tourner le dos à cette brique devenue indispensable, retrouver un objet simple, presque oublié. Mais dans un monde où tout passe par lui, choisir un téléphone devient une obligation pour ne pas s’éteindre socialement. Pour moi, c'est une quête périlleuse qui commence ici.
Le moment que je redoutais est arrivé. Cela fait plus d'un an que je traîne pour acquérir un nouveau smartphone après avoir malencontreusement cassé mon Realme 9 Pro+ 5G. Une seule et unique petite chute sur le bitume lui a été fatale, comme une victime d'un tragique accident.
Petit à petit son écran devenait de plus en plus sombre et il était impossible d'arrêter l’hémorragie qui s'était déclarée. Les pixels ont fini par mourir jusqu'au dernier : Game Over ! Je ne pouvais que m'en prendre à moi-même après tout. Toujours dans la course, même quand il s'agit de faire le plein de calories au supermarché.
Plutôt que de repasser à la caisse, j'ai préféré utiliser mon téléphone pro en double SIM, ce qui finalement était bien plus intéressant au quotidien. Un seul appareil, une "brique", à trimballer partout et une séparation bien distincte des deux activités. Par la suite, j'ai eu la chance de recevoir un Samsung S23 FE qui, je l'avoue, me convenait très bien, surtout après les modèles bas de gamme que l'entreprise m'affectait.
Outre une gymnastique mentale et une lutte contre la tentation de scroller à tout va, la situation était gérable. Pendant ces derniers mois, j'avais même mis un sérieux coup de frein avec une utilisation limitée à 2 heures max par jour. Avec un peu de bonne volonté, j'ai aussi opéré à la suppression des applications déchets. Adieu Facebook, Twitter, Messenger et compagnies.
J'avais pris soin de réorganiser la page d'accueil avec le strict minimum accessible : Waze, Spotify, WhatsApp (la prochaine app à sauter), Basic Fit, Discord, Gmail... Ce n'était pas parfait, mais déjà bien plus propre et moins tentant que les icônes sataniques.

Entre-temps, j'avais davantage envie de lâcher prise, de faire un choix radical : me procurer un dumbphone. Qu'est-ce donc que cette diablerie ? Un téléphone minimaliste : petit écran, clavier physique, système propriétaire fermé. Bref, un mobile à l'ancienne.
L'idée me trotte dans la tête depuis des mois, mais à chaque fois que vient le moment de faire le grand saut, je recule d'un pas et abandonne. Pourquoi donc ? Parce qu'au fond je sais pertinemment que ce n'est pas une décision raisonnable dans l'époque où nous vivons. Ce monde dans lequel tout est interconnecté pour récolter un max de données sur nos activités et nous garder sous un contrôle permanent.
J'aimerais avoir le courage et la volonté de me défaire une bonne fois pour toute de cette maudite brique, mais c'est un combat perdu d'avance. Ne serait-ce que pour la validation des transactions bancaires, l'accès par QR code à la salle de sport ou encore la communication avec ma fille sur Xooloo Messenger, je ne vois pas comment je pourrais m'en passer.
Parfois, un smartphone est même exigé pour l'accès à des évènements ou pour simplement prendre le train. C'est devenu presque un laisser-passer. Au final, j'ai finis par déposer les armes et de me satisfaire du combo tel pro/perso en appliquant une discipline de fer pour ne pas succomber aux tentations de l'enfer.
Un équilibre rompu
Le temps défile à toute allure et l'équilibre se rompt. J'ai eu la surprise d'apprendre que je recevrais prochainement un nouveau téléphone pro. C'est plutôt une bonne nouvelle, mais je déchante très vite quand je remarque que ce bloc énorme ne possède qu'un seul emplacement de carte SIM.
Je panique déjà à l'idée de devoir trouver un nouveau téléphone. Je repense au Realme 9 Pro+ qui traîne dans un coin, mais rien à faire, son écran s'est éteint pour toujours. Puis je me dis qu'au fond, c'est peut-être l'occasion idéale pour faire, cette fois, le grand saut.
Je réfléchis à nouveau à la possibilité de me prendre un vieux téléphone. Je suis déjà en train de jubiler rien qu'en pensant au mythique Sony Walkman W595 ou à l'iconique Ericsson T28S. Une petite recherche sur le net et je m'exclame : "Oui ! C'est ça que je veux !".
Ce sont deux mobiles que j'ai eu l’immense joie de posséder. Le W595 était parfait en tout point et embarquait une véritable fonctionnalité baladeur qui manque cruellement aujourd'hui. Le T28S c'était vraiment quelque chose ! Il était tellement agréable à utiliser et était un objet d'excellence pour s'affirmer en société. Le sortir de la poche et soulever son clapet pour répondre à un appel en croisant une jolie nana, ça c'était la grande classe !

J'arrête de flâner un instant et reviens à la dure réalité : ce sont des dinosaures d'un autre temps qui n'ont plus aucune utilité si ce n'est pour l'effet nostalgie ou la pure déco-tech. Ce qu'il me faut, c'est un appareil moderne et minimaliste. Quelque chose qui a du caractère et qui me laisse tranquille une fois dans la poche.
La réalité du terrain
Enthousiaste, je fais défiler les produits à l'écran, mais je ne rencontre que déception sur déception. Pas l'ombre d'un dumbphone qui ferait l'affaire. Pourtant, Nokia produit encore certains de ces vieux modèles comme le célèbre 3310 remis au goût du jour, mais hélas, il n'est pas pour moi.
Non pas que le 3310 me déplaise, c'est tout le contraire, mais comme les autres, il paraît de piètre qualité. D'autre part, ce type de téléphone ne propose aucune application devenue indispensable : Spotify, Waze ou un accès à ma banque. Il est étonnant de constater qu'en 2026, personne n'est capable de ressortir l'un de ces téléphones emblématiques en phase avec ce monde.
On sent qu'ils s'adressent avant tout à un public réfractaire à la technologie ou bien aux personnes âgées et jeunes enfants. Non, il n'y a aucune envie de ressusciter avec respect les modèles iconiques qui nous ont marqués. Il est bien plus facile de surfer sur la mode de la détox numérique ou de taper sur l'émotion pour se remplir les poches.

Pourtant, avec un minimum de volonté, il serait parfaitement possible d'établir un dumbphone à la pointe du progrès. Ce n'est pas un problème de puissance, mais plutôt de logiciel. Il faudrait que les entreprises arrêtent de se reposer sur l'écosystème Android et cherchent des solutions plus ouvertes. On pourra me crier à l'oreille "sécurité !", oui, mais à quoi servent les normes et protocoles ?
Devrions-nous tout faire avec cet appareil qui à la base a été pensé pour la communication et non comme un passeport numérique ?
Arrêtons de tourner autour du pot un instant. Ce qu'on nous vend comme des téléphones ne le sont plus depuis belle lurette. Regardons les choses froidement : il s'agit de terminaux qui ne peuvent être dissociés de notre vie de citoyen. Un appareil devenu obligatoire même si on nous fait croire le contraire. Je pose la question : qui aujourd'hui est capable de se passer d'un smartphone, là, maintenant ?
Face à cette dure réalité, je fini par me dire que je suis condamné à utiliser un smartphone embarquant forcément une version récente d'Android. Mais quitte à me trimballer un parpaing, autant qu'il m'offre quelque chose de spécial et un vrai confort. Je ne peux m'empêcher de repenser à ces bons vieux BlackBerry avec leur super clavier. C'est une excellente piste !
Après tout, ce que je ne supporte pas sur les smartphones, c'est ce satané écran tactile. Il est d'une taille énorme et c'est toujours peu naturel d'utiliser le clavier virtuel d'une seule main. Puis cela m'énerve de tapoter sur cette surface. Ce que je veux, c'est un vrai clavier physique et avoir le plaisir de sentir la pression de chaque touche.

La lame est tranchante : le marché du clavier physique est un désert. Il faut alors déterrer un modèle d'occasion vieillissant comme le BlackBerry Key2 vendu aux alentours de 300 euros. Cela fait cher pour un appareil déjà bien usé d'autant plus qu'il est difficile de le trouver avec un clavier AZERTY.
Il y a tout de même quelques constructeurs qui ont le mérite de proposer de nouveaux arrivants dans ce No Man's Land, mais ils sont presque tous en QWERTY. Dommage, j'étais fortement tenté par le Titan Slim ou Pocket de chez UniHertz, mais je me vois très mal devoir m'adapter à un nouvel agencement des touches. Le clavier AZERTY, c'est pour la vie !
Pur fantasme
Je réalise que ce que je demande n'existe pas. Aucun des produits proposés ne me correspond : quelque chose de moderne qui a su préserver l'esprit des années 90. Je ne veux pas d'un téléphone pour me distraire ni pour être connecté en permanence. Je veux un téléphone qui a du cachet, petit, léger avec une interface sans fioritures, une bonne autonomie et surtout durable.
Le téléphone idéal serait sans aucun doute un T28S rebadgé avec un écran mono-couleur plus grand. Une interface à l'ancienne avec une navigation intuitive, des touches physiques et le tactile en option secondaire au cas où. Oui, je le conçois, c'est du pur fantasme. J'assume !
De retour sur la page des produits, je pleure. Les téléphones se ressemblent tous. Ils sont uniformes, rectangulaires, fins, plats. Juste une dalle plaquée sur une carte mère. Je crois qu'il n'y a rien de plus impersonnel que les smartphones de cette génération.
Il m'est d'ailleurs arrivé par inattention d'attraper le téléphone d'une autre personne lors de mes entraînements tant il est difficile de les distinguer. Pour éviter de reproduire cette situation embarrassante, j'ai pris soin de m'équiper d'une sacoche pour y ranger ma brique dans un emplacement transparent, ce qui en prime me permet de visualiser le compte à rebours au loin.
La vérité c'est que constater tout cela ne m'aide en rien. Je suis toujours au point mort : trouver un téléphone et renvoyer au plus vite l'ancien qui est attendu. Je dois tout reprendre à zéro, j'ai peut être loupé quelque chose...
Abandonner ou faire des compromis
Cette fois, je suis moins intransigeant. Je me dis que j'aurais beau fouiller ciel et terre, je ne trouverais pas ce que je cherche désespérément. Je retourne regarder les modèles proposés par UniHertz et je commence à remarquer la série "Jelly".
Je tombe sous le charme de la version Star. C'est surtout sa taille et son poids qui me séduisent par-dessus tout. Avec un écran de seulement 3 pouces et un look rappelant les années 90, c'est un candidat sérieux. C'est typiquement ce que j'aime malgré l'absence d'un clavier physique. Ce n'est pas grave après tout.
Seulement voilà, le Jelly Star est trop petit. Pour une utilisation exclusive au tactile, c'est un véritable défi à moins d'avoir des petites mains d'enfant. Dans un sens, cette contrainte me dissuaderait d'utiliser longuement le téléphone, mais les retours sont sans appel : la batterie fond comme neige.
On parle d'une autonomie d'un jour max pour une utilisation modérée. C'est un vrai problème, car je ne supporte pas de passer mon temps à recharger un appareil, peu importe ses qualités intrinsèques. Une seule journée d'énergie, tout l'esprit des années 90 se brise en un éclat.

Android 13 alors que la version 16 vient de recevoir sa mise à jour de printemps, me fait encore plus douter. On ne parle plus de quelques mois de retard, mais d'un gouffre technologique. C'est paradoxal, car je désire à la fois un téléphone ancien et actuel. La faute à une industrie qui n'arrête pas de changer les normes, les versions, les fonctions, ce qui rend vite obsolètes les appareils.
Le Jelly Star est sorti en 2023. Trois années peuvent sembler peu pour un objet physique, mais dans le monde de la tech, c’est déjà beaucoup. Une période durant laquelle plusieurs versions d'Android ont été publiées, des standards qui ont changé et des mises à jour qui s’arrêtent bientôt sur les anciens systèmes. Acheter un téléphone accusant plusieurs années d'existence, même ultra-compact et séduisant, comporte toujours un risque côté support et pérennité.
Je ne suis pas loin de la déprime, car même en faisant des compromis, rien ne semble gagné d'avance. Je pourrais arrêter de me torturer l'esprit en me procurant n'importe quel smartphone sous la barre des 300 euros, mais le souvenir du parpaing que je me trimballais en permanence criant "hey regarde moi !" me fait prendre la fuite.
Un candidat équilibré
Cette recherche commence à m'épuiser et l'impasse se fait sentir. Reste un autre candidat que j'avais ignoré sciemment : le Jelly Max. À première vue sur les photos, il paraît plutôt quelconque, mais en y regardant de plus près, il reste quand même petit et reprend un peu le style du Jelly Star notamment avec sa coque transparente.
Je me retrouve à comparer les deux modèles en pesant le pour et le contre. Le Jelly Max présente toutes les caractéristiques d'un smartphone moderne de bonne facture avec une excellente autonomie. Sous le capot réside tout un royaume : processeur véloce, capacité mémoire énorme, connectivité complète et toutes les fonctionnalités d'un smartphone tendance.
Certes, ce n'est pas une machine de guerre, mais on parle de quoi au juste ? D'un simple objet de communication pour survivre dans la jungle du numérique et c'est amplement suffisant pour ma part.

Le Jelly Max dispose d'un appareil photo avec un capteur 100 mégapixels à l'arrière et 32 mégapixels en façade. Peu importe, car pour moi, la photo passe désormais par le biais d'un appareil dédié. Le Jelly Max pourrait éventuellement me dépanner en cas de besoin.
L'écran fait 5 pouces pour une résolution de 720x1520 pixels. J'aurais préféré un écran légèrement plus petit, mais dans les faits c'est le plus petit existant sur un smartphone 5G. Attention à ne pas se méprendre. Il existe bien des smartphones à l'écran plus petit comme l'iPhone SE, mais en finalité ils sont tous plus grands. Oui, le Jelly Max est imbattable à l'heure actuelle d'où mon fort intérêt pour ce dernier.
Soyons lucide un instant. La 5G dans un aussi petit format est un défi tant cette technologie est énergivore et fait chauffer les composants. Actuellement, il n'est pas possible d'obtenir de telles spécificités sur un appareil plus petit.
Pour que cela arrive un jour, il faudrait que l'industrie se concentre sur cette gamme spécifique, ce qui n'est pas prêt d'arriver tant le grand public ne jure que par les parpaings.
Prise de risque
Je suis loin de ce que j'avais visé au départ, mais force est de constater que je ne trouverai rien d'autre avec des critères aussi restrictifs. Il est temps de prendre une décision et de tourner la page.
J'ai longuement hésité avant de valider l'achat dans le panier. Tantôt le Jelly Star puis le Jelly Max et vice versa. Le problème, c'est que l'erreur ne pardonne pas.
Bien qu'il soit éventuellement possible de retourner le téléphone dans le cas où il ne me conviendrait pas, cela reste une sacrée perte de temps et m'obligerait à tout reprendre depuis le début. Je me dis que ce serait tellement plus simple en boutique. Comme avant, là où je pourrais voir les téléphones en vrai, les toucher et naviguer dans les menus pour me faire une idée.
En dehors d'Internet, Le Jelly Max est introuvable et il faut donc impérativement passer commande sur Amazon ou directement chez UniHertz. Dans ces conditions, difficile de me persuader que je fais le bon choix sans le voir en vrai. Il m'est déjà arrivé d'acheter les yeux fermés plus d'un smartphone, mais c'est surtout parce qu'à cette époque, n'importe quel produit m'aurait convenu tant qu'il s'avérait performant et ne comportait pas trop de bloatwares.
Pour être sûr de ne pas me tromper, je passe un temps fou à me renseigner, à consulter les spécifications techniques, lire les avis et divers retours clients. À la fin, je ne sais toujours pas si le Jelly Max me conviendra ou pas. Je reste sur de l’hypothétique et une sérieuse prise de risque.
J'en ai plus qu'assez de peser le pour et le contre, alors je prends le risque, je saute. La commande est passée et la livraison est prévue J+2. Malgré tout, j'ai le sentiment de faire le bon choix faute de mieux, mais de par sa taille et ses capacités, il serait très tentant de retomber dans les abysses de la distraction digitale.
Ce nouveau smartphone ne doit pas être l'occasion de se laisser happer par les réseaux sociaux et autres cochonneries numériques. Dès sa réception, j'installerai le launcher Niagara pour accéder à l'essentiel d'un mouvement de doigt.
Pour le reste, je n'aurai que ce qui est vraiment nécessaire. Je songe même à me débarrasser des applications de shopping (Amazon, Zalando, Vinted...), mais c'est un autre sujet.
En attendant de trouver un téléphone réellement aligné avec mon mode de vie et ma personnalité, le Jelly Max reste le meilleur compromis possible. Retrouver un peu de liberté mentale tout en gardant un pied dans le numérique, c’est déjà une victoire.