L'histoire du Mega CD
Welcome to the Next Level
Six mois après le lancement du Mega CD au Japon, SEGA s’apprête à s’attaquer au marché américain c’est en mai 1992 que l’extension de la Mega Drive est présentée sous le nom de SEGA CD lors du Consumer Eletronics Show (CES) à Chicago. À ce moment précis, SEGA of America considérait à tort qu’il s’agissait d’un nouveau système venu prendre la relève de la Genesis dans le but de tuer la Super Nintendo, mais SEGA Japan insista fermement pour que l’appareil soit présenté comme un étant un périphérique complémentaire à ne surtout pas opposer directement à la concurrence. Cette totale incompréhension s’explique certainement du fait que la branche américaine fut tardivement impliquée dans le projet en plus de n’avoir reçu aucun prototype durant sa phase conception.
Pour assurer le succès du SEGA CD, le président de SEGA of America, Tom Kalinkse, est conscient qu’il était primordial de proposer des titres de qualités apportant une nouvelle expérience aux joueurs en misant pleinement sur la FMV au détriment des jeux d’arcade. Kalinkse décide alors d’ignorer la quasi-totalité du catalogue japonais et prend l’initiative d’agrandir en conséquence la société afin de se focaliser principalement sur la production de nouveaux jeux. L’image positive du SEGA CD se voit renforcée grâce au soutien de Sony au travers de sa filiale ImageSoft qui publiera bon nombre de jeux pour le périphérique et les autres consoles de SEGA.
Le 15 octobre 1992, le SEGA CD fait officiellement son entrée en Amérique du Nord sous le slogan « Welcome to the next level ». Les joueurs américains ont alors le choix entre deux packs vendus à partir de 299 dollars dont le premier comprend la compilation SEGA Classics Arcade 4in1 (incluant les jeux Columns, Golden Axe, Streets of Rage et The Revenge of Shinobi), Sherlock Holmes : Consulting Detective Vol. 1 puis deux CD Audio présents afin de démontrer les capacités sonores du périphérique tandis que le second pack vient uniquement avec le jeu Sol-Feace.
Le même jour, les propriétaires de SEGA CD ont en plus la possibilité de se procurer le très controversé Night Trap, un FMV réalisé par Digital Pictures, où le joueur incarne un agent du SCAT (SEGA Control Attack Team) dont la mission consiste à protéger un groupe de charmantes demoiselles d’une horde de vampires en actionnant moult pièges présents dans la maison.
Dans la foulée, Sony ImageSoft délivra Sewer Shark, un autre FMW reprenant le concept du rail shooter qui était initialement prévu pour la console NEMO avant quelle ne soit abandonnée par Hasbro. Quelques semaines plus tard, Sony ImageSoft publie les jeux de plateformes Chuck Rock et Hook, l’adaptation du film de Spierlberg, tous deux développés par le studio britannique Core Design plus connu pour avoir donné naissance à Tomb Raider en 1996 sur PC, PlayStation et Saturn.
Malgré le peu de titres disponibles, le SEGA CD obtient de bons chiffres de vente puisqu’à la fin de l’année, on décompte pas moins de 200 000 unités écoulées, soit deux fois plus que le Japon sur un temps relativement plus court.
Mega Puissance II
Pour faire baisser les coûts de production et corriger les défauts de fiabilité du Mega CD, SEGA prépare une seconde version baptisée « Mega CD II » qui profite d’un nouveau design afin d’accompagner la sortie de la Mega Drive II, mais tout en restant compatible avec la première Mega Drive. Par ailleurs, SEGA fournira une petite cale en supplément qui permet d’adapter parfaitement la largeur des anciennes consoles avec le Mega CD II.
Le combo Genesis / SEGA CD 2 destiné au marché nord américaine
Après un bon démarrage au Japon puis en Amérique du Nord, SEGA souhaite commercialiser le Mega CD sur le continent européen, mais les différentes branches préfèrent attendre la sortie du nouveau modèle avant de lancer officiellement le produit sur le marché. Néanmoins, le Royaume-Uni bénéficie d’un traitement de faveur grâce à la forte popularité de la Mega Drive au point que le pays était, à l’époque, surnommé le « Sega Stronghold ». C’est alors nos voisins britanniques ont eu le privilège d’acquérir le Mega CD dès le 19 avril moyennant la somme de 270 livres sterling (412 dollars) dans un pack comprenant un lot de trois CD-ROM dont SEGA Classics 5in1, Cobra Command, Sol-Feace et Super Monaco GP.
À noter que durant la même période, le Mega CD était aussi disponible en Italie, mais il était fourni uniquement avec les jeux Cobra Command et Sol-Feace. Quelques exemplaires ont été importés en France par Micromania qui grâce à cette exclusivité pouvait se permettre de pratiquer des prix relativement élevés à quelques mois de la sortie officielle du Mega CD II.
Le 1er septembre 1993, débarque en France le Mega CD II avec Road Avenger pour la coquette somme de 1990 francs, mais son prix élevé et le manque de communication ne permet pas d’obtenir de bons chiffres de vente. Même après la sortie de Sonic CD et Final Fight CD, les ventes du Mega CD II ne décollent pas et se sera le même constat dans tout le reste de l’Europe jusqu’à la fin de l’année dont les résultats révèlent qu’il y a eu un total de 60 000 à 70 000 d’exemplaires vendus.
Déclin
Durant la période allant de 1993 à 1994, beaucoup de nouveaux titres ont été publiés à destination du Mega CD, mais la plupart d’entre eux étaient en réalité de simples conversions de jeux déjà existants sur Mega Drive qui ne tiraient pas pleinement profit des capacités techniques du périphérique puisque les développeurs se contentaient généralement de bourrer le CD avec des cinématiques animées et des pistes audio. Les FMV qui étaient mis en avant souffraient trop souvent d’une réalisation déplorable en sus de ne pas offrir une action soutenue à l’écran. Finalement, pour un joueur occidental, très peu de jeux justifiaient vraiment l’achat du Mega CD.
Il faut aussi souligner le fait que de très bons jeux ne sont jamais sortis chez nous en Europe comme Dark Wizard, Lunar : The Silver Star, Revenge of the Ninja, Rise of the Dragon, The Secret of Monkey Island, Sengoku Denshou, Lunar : Ethernal Blue, Popful Mail ou encore Shadowrun. Avec autant d’excellents jeux passés à la trappe, il est difficile de comprendre la position de SEGA qui ne s’est pas donné les moyens nécessaires pour conquérir le marché européen.
SEGA avait pourtant tenté de relancer la machine en proposant des jeux utilisant à la fois les spécificités du Mega CD et du 32X, mais on dénombre seulement six titres compatibles qui, malgré un rendu visuel amélioré, avaient un intérêt très limité puisqu’il s’agissait exclusivement de jeux en FMV étant déjà sortis depuis un moment.
Au Japon comme en Amérique du Nord, les ventes du Mega CD finissent par s’effondrer suite à l’annonce des consoles de nouvelles générations. Peu à peu, le Mega CD est abandonné par SEGA qui est bien plus préoccupé au lancement de son prochain système de jeux, la Saturn. Beaucoup de propriétaires du Mega CD furent mécontents par le manque d’investissement de la part de SEGA et on vécut ce moment comme une terrible trahison, ce qui sera sans nul doute préjudiciable pour la future carrière de la Saturn.
Annonce de Street Fighter II sur Mega CD mentionnée dans le magazine Mean Machines #14
Avec un total de 850 000 exemplaires vendus à travers le monde, le Mega CD est un échec, surtout en Europe où seulement 4% des propriétaires de la Mega Drive ont acquis l’extension. Un triste constat qui aurait certainement pu être évité avec notamment un meilleur soutien de la part des éditeurs tiers influant de l’époque et la production de jeux exploitant convenablement les spécificités du Mega CD. C’est d’autant plus dommage, car plusieurs jeux à succès ont été annulés dont Street Fighter II, Power Drift, Super Gaiares,The Super Shinobi II, Thunder Force IV, Castelvania IV, Contra Spirits, Life Force, Orius, Super Contra, Gradius...
Il était une fois le Wondermega
Au cours de sa carrière, le Mega CD s’est vu décliner en plusieurs modèles dont plus le connu est indéniablement le Wondermega créé par JVC au travers de sa filiale Victor Enternainement. Ce modèle est apparu pour la première fois au Japon en avril 1992 où il était vendu au prix fort de 82 000 yens soit la somme vertigineuse de 3 427 francs. Cette version haut de gamme du Mega CD a la particularité d’intégrer une Mega Drive avec quelques fonctionnalités supplémentaires dont un processeur sonore à signal numérique (DSP), une sortie SVHS et MIDI. On y retrouve également deux prises microphone avec un commutateur d’effet écho et un lecteur légèrement plus rapide de l’ordre de 15 % en moyenne.
Emballé par le Wondermega, SEGA commercialisera dans la foulée sa propre version en y apposant fièrement son logo en haute à droite, là où se trouvait celui de Victor. En 1993, un nouveau modèle fera son apparition avec d’importants changements au niveau du design et l’ajout d’un port infrarouge permettant d’utiliser les nouvelles manettes sans fils qui disposaient désormais de six boutons.
En 1994, JVC lancera sa machine en Amérique du Nord sous le nom d’X’Eye, mais dans le but de diminuer son prix de vente, la machine est dépourvue de son port infrarouge et de sa sortie SVHS. Bien que toutes les versions du Wondermega soient parfaitement compatibles avec le 32X, son utilisation empêche d’ouvrir la porte du lecteur CD, ce qui sera problématique pour les jeux Mega CD nécessitant de changer de disque en cours de partie. De nos jours, le Wondermega reste encore un véritable objet de prestige très convoité par les collectionneurs fortunés prêt à débourser de grosse somme d’argent pour acquérir l’un des rares exemplaires disponibles sur les différents sites aux enchères.
Durant la même période, SEGA a commercialé le Multi-Mega ou SEGA CDX en Amérique du Nord qui, comme le Wondermega de JVC, intègre une Mega Drive, mais se veut très différent dans son approche puisqu’il s’agit d’un baladeur CD que l’on peut transporter un peu partout grâce à son compartiment à piles. Sur la face avant, on y retrouve plusieurs boutons de contrôle avec un petit écran LCD situé au milieu indiquant le numéro de piste en cours d’utilisation et une sortie audio qui permet de relier la console à une sono HiFi.
Le Multi-Mega était fourni avec une manette 6 boutons, un adaptateur secteur et un câble vidéo composite. En Amérique du Nord, un pack vendu à 399 dollars contenait plusieurs jeux, dont le SEGA Classics Arcade, Sonic CD et Ecco le Dauphin, tandis qu’au Brésil, la console était vendue avec le jeu Night Trap. Aussi étrange soit-il, le Multi-Mega a été commercialisé au Japon à des fins purement éducatives sous le nom de SEGA Linguaphone « Education Gear ». Le coût de fabrication était relativement faible, ce qui permettait de proposer un prix très attractif aux joueurs souhaitant passer à la technologie CD tout en profitant de la ludothèque Mega Drive, cependant SEGA stoppera très tôt la production du Multi-Mega afin que le produit ne rentre pas en conflit avec le 32X dont la sortie était prévue à la fin de l’année 1994. Ainsi, le Multi-Mega est un objet très rare dont le prix reste relativement élevé sur le marché de l’occasion.
À ce jour, la dernière déclinaison connue du Mega CD est le surprenant CSD-G1M créé par le fabricant d'électronique japonais Aiwa. Vendu en 1994 à partir de 45 000 yens soit 2375 francs, l'appareil se présente sous la forme d'un poste radio cd à l'apparence des plus classique, mais en y regardant de plus près, on constate que deux ports manette et un port cartouche sont présents sur la face avant de la station d'accueil à relier au système via un connecteur situé à l'arrière du châssis. Hélas, le CSD-G1M est un appareil coûteux d'une extrême rareté étant donné qu'il a été commercialisé exclusivement au Japon et en très faible quantité. Il y a donc peu de chances pour que vous puissiez un jour avoir l'occasion de jouer sur cette machine si unique à moins d’être un collectionneur chevronné.